Kinshasa, le 08 novembre 2022 — Le cas de Maître Mangana Mavanga Serge, avocat et assistant à l’Université Libre de Kinshasa, soulève de vives inquiétudes quant au respect des droits fondamentaux et des libertés politiques en République démocratique du Congo. Enlevé, torturé et contraint à l’exil pour ses opinions, cet homme de loi incarne aujourd’hui la tragédie d’un citoyen devenu victime d’un système répressif.
Tout commence le 17 septembre 2022. Ce jour-là, Maître Mangana participe à une réunion préparatoire à la sortie officielle du parti Alliance pour le Changement, fondé par Jean-Marc Kabund, ancien président intérimaire de l’UDPS et ex-premier vice-président de l’Assemblée nationale. des éléments armés de la Garde Républicaine et de la Police nationale ont fait irruption au siège du parti à Limete. Dans la confusion, l’avocat est violemment arrêté avec son collègue Karel Koli Koko.
Conduit dans les locaux de l’Agence nationale de renseignements (ANR) à Gombe, Maître Mangana est soumis à de graves tortures physiques et psychologiques : coups de matraque, humiliations et détention dans une cellule insalubre. « Il saignait du nez et de la bouche, il avait aussi une dent cassée. On lui demandait où se cachait Kabund », raconte un cadre du parti contacté par lebaobab.net. Son “crime” ? Avoir soutenu un opposant politique. Grâce à l’aide d’un inspecteur compatissant et de son ami Alvin Mambele, il finira par s’évader de ce lieu de détention.
Son témoignage, corroboré par ses proches, met en lumière les pratiques de répression systématique contre les partisans de l’Alliance pour le Changement et d’autres formations jugées hostiles au pouvoir. Arrestations arbitraires, intimidations, détentions illégales et torture : autant de faits qui traduisent une dérive autoritaire préoccupante et rappellent l’urgence d’une réforme profonde des services de sécurité ainsi que d’un véritable renforcement de l’État de droit en RDC.
Alors que Jean-Marc Kabund demeure incarcéré sans issue judiciaire claire, le sort de Maître Mangana illustre les excès d’un système qui fait taire les voix dissidentes par la peur. À travers son histoire, c’est tout un cri de détresse qui s’élève — celui d’un citoyen que son pays a brisé pour avoir osé penser autrement.