Kinshasa, 6 avril 2026 — L’organisation de défense des droits humains Justicia Asbl a exprimé ses vives préoccupations à la suite de l’annonce du gouvernement relative à la mise en place d’un dispositif d’accueil temporaire de ressortissants des pays tiers refoulés des États-Unis. Dans une lettre ouverte datée du 5 avril 2026 et adressée au Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, cette structure citoyenne appelle à plus de transparence et de prudence dans la gestion de ce dossier sensible.
Dans son document, Justicia Asbl affirme avoir pris connaissance « avec stupéfaction » du communiqué du ministère de la Communication et Médias. Si elle reconnaît l’esprit de solidarité qui caractérise traditionnellement la République démocratique du Congo, l’organisation met en garde contre les implications potentielles d’une telle initiative, en s’appuyant notamment sur les précédents historiques dans la région des Grands Lacs.
Elle rappelle en effet que l’accueil massif de réfugiés après le génocide rwandais de 1994 a eu des répercussions durables sur la sécurité et la stabilité du pays. Plus de trois décennies après, certaines conséquences de cette période continuent d’affecter la RDC, notamment dans sa partie orientale. Pour Justicia Asbl, cette expérience devrait servir de leçon dans l’évaluation des engagements actuels.
S’agissant des éventuels accords conclus avec les États-Unis, l’organisation insiste sur la nécessité d’un processus « transparent et inclusif ». Elle estime que des engagements d’une telle portée devraient impérativement faire l’objet d’un débat public et être soumis à l’approbation du Parlement, afin d’en garantir la légitimité et la conformité aux intérêts nationaux.
« Des accords de cette importance ne peuvent être conclus dans la précipitation ni dans l’opacité. La population congolaise a le droit de connaître le contenu exact de ces engagements, leurs implications juridiques, sociales et sécuritaires », a déclaré Timothée Mbuya, président de Justicia Asbl, dénonçant le silence entourant plusieurs aspects essentiels du projet.
L’organisation relève également l’absence d’informations précises concernant l’identité des personnes concernées, leur statut juridique, la durée de leur séjour en RDC ainsi que les bases légales encadrant leur accueil. Elle s’interroge, par ailleurs, sur les raisons pour lesquelles ces ressortissants ne seraient pas pris en charge par des mécanismes internationaux, notamment ceux des agences spécialisées des Nations Unies.
Justicia Asbl met en garde contre le risque de voir la RDC devenir une zone de relocalisation pour des populations rejetées ailleurs. Elle estime que le pays ne saurait être considéré comme une solution de substitution à des problématiques migratoires internationales, au regard des défis internes auxquels il fait déjà face.
« La République démocratique du Congo ne saurait être assimilée à un espace de relégation pour des populations dont d’autres États ne veulent plus assumer la charge », a insisté Timothée Mbuya, évoquant notamment les contraintes sécuritaires, économiques et humanitaires auxquelles le pays est confronté.
Dans ce contexte, l’organisation attire également l’attention sur la situation humanitaire nationale, marquée par la présence de millions de déplacés internes, principalement dans les provinces de l’Est en proie aux conflits armés. Elle considère que la priorité du gouvernement devrait être d’assurer une prise en charge adéquate de ces populations avant d’envisager toute nouvelle politique d’accueil.
Enfin, Justicia Asbl appelle au respect strict de la Constitution et des lois de la République dans la conclusion et la mise en œuvre de tout accord international. À défaut de garanties suffisantes, elle demande l’annulation de ces engagements qu’elle juge non prioritaires et potentiellement préjudiciables aux intérêts du pays.
Tout en comprenant les réactions observées au sein de l’opinion publique, l’organisation invite les citoyens à rester vigilants et mobilisés face à cette initiative qu’elle qualifie de préoccupante.