Kolwezi

Kolwezi, 8 avril 2026 — Dans la capitale minière du Lualaba (Kolwezi), un péril insidieux progresse loin des regards et sans bruit. Au remblai T17 de Kamoto Copper Company, une menace radioactive pèse sur les populations, exposées à un danger invisible mais potentiellement mortel. Une situation d’autant plus préoccupante que, malgré les alertes et les reconnaissances officielles, les réponses tardent à se matérialiser sur le terrain.

Le gouvernement congolais avait pourtant reconnu, lors du Conseil des ministres du 27 mars 2026, l’existence d’un risque grave pour la santé publique et l’environnement. Des mesures avaient été annoncées, laissant espérer une réaction rapide et coordonnée. Mais sur place, la réalité contraste avec ces engagements : le site reste accessible, et des creuseurs artisanaux continuent d’y travailler, souvent sans aucune protection ni encadrement.

Cette exposition prolongée à des substances radioactives suscite de vives inquiétudes. Contrairement à d’autres menaces plus visibles, la radioactivité agit lentement, sans symptômes immédiats, mais avec des conséquences souvent irréversibles. Dès lors, une question s’impose : pourquoi attendre des drames visibles pour agir face à un danger déjà identifié ?

Au-delà de l’enjeu sanitaire, la situation met en lumière un problème plus profond de gouvernance. La Nouvelle société civile congolaise, par la voix de Lambert Menda Lubamba, dénonce un dispositif jugé largement insuffisant. La simple présence des forces de l’ordre ne saurait constituer une réponse adéquate à un risque de cette nature. Les experts appellent à des mesures plus rigoureuses : interdiction stricte d’accès, sécurisation effective du site, communication transparente et prise en charge des personnes exposées.

Or, sur le terrain, une forme de banalisation du risque semble s’installer. Comme si la précarité des creuseurs artisanaux justifiait leur exposition à des dangers extrêmes. Une perception qui soulève une question éthique majeure : certaines vies seraient-elles considérées comme sacrifiables au nom des ressources minières ?

Pour de nombreux observateurs, la situation actuelle est inacceptable. Elle traduit une défaillance des mécanismes de protection des populations les plus vulnérables et révèle une hiérarchie implicite des priorités. Laisser des citoyens s’exposer à des substances dangereuses connues ne relève pas seulement d’un manque d’anticipation, mais d’une faute morale.

D’autant que cette crise n’a rien d’inéluctable. Elle ne résulte ni d’un phénomène naturel imprévisible, ni d’un accident soudain. Elle est le produit d’un défaut de décision, d’un manque de volonté politique et d’une absence de responsabilité assumée.

À Kolwezi, le danger est invisible, mais ses conséquences pourraient être durables. Et face à ce silence prolongé, une certitude demeure : l’histoire, elle, ne restera pas silencieuse.