Dakar, 11 juillet 2025 — Une nouvelle page s’ouvre dans les relations entre le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko. Lors d’un discours prononcé jeudi 10 juillet à l’occasion de l’installation du Conseil national du Pastef, Sonko a ouvertement exprimé son mécontentement, en lançant des piques à peine voilées à l’endroit du chef de l’État.
« Il n’y a pas de problème majeur au Sénégal, si ce n’est un problème d’autorité, voire une absence d’autorité », a déclaré Sonko, devant un parterre de cadres de son parti. Une formule qui sonne comme un avertissement clair à l’égard de celui qu’il avait lui-même désigné candidat à la présidentielle de 2024.
Le Premier ministre n’a pas mâché ses mots. Il a reproché au président de ne pas le soutenir face aux critiques virulentes dont il est régulièrement la cible dans les médias et sur les réseaux sociaux. « On ne peut tolérer qu’un homme, père de famille et chef d’institution, soit traîné quotidiennement dans la boue sous couvert de liberté d’expression », a-t-il dénoncé, avant d’ajouter que ces attaques cesseraient si le président décidait de s’y opposer fermement.
Au-delà de ce ressentiment personnel, Sonko a exprimé une frustration politique : celle de ne pas disposer d’une réelle marge de manœuvre pour mettre en œuvre les réformes promises. « J’interpelle le président Bassirou Diomaye Faye pour qu’il prenne ses responsabilités, sinon qu’il me laisse faire », a-t-il lancé, appelant également à une accélération du processus de reddition des comptes au sein de l’appareil judiciaire.
Des divergences profondes dans le tandem exécutif ?
Ces déclarations publiques, inhabituelles à ce niveau de l’État, relancent les spéculations sur de possibles tensions entre les deux hommes forts du régime. Le journal L’Enquête a titré ce vendredi sur un possible « divorce en live », tandis que le politologue Moussa Diaw évoque de « profondes divergences » qui remettent en question la solidité de l’attelage Sonko–Diomaye.
Pour rappel, Ousmane Sonko avait été évincé de la course présidentielle en raison de ses ennuis judiciaires. C’est lui qui avait adoubé Bassirou Diomaye Faye, alors en détention, comme candidat de substitution. Une décision stratégique qui avait abouti à une victoire historique et au renouvellement du leadership politique sénégalais.
La présidence tente de calmer le jeu
Une source proche du palais présidentiel, interrogée sous anonymat, tente de minimiser la portée de cette sortie. Selon elle, il ne s’agirait que d’une manifestation de frustration d’un chef de gouvernement limité dans ses prérogatives. « Ce n’est pas un divorce, mais une tension passagère liée aux responsabilités de chacun », a-t-elle confié.
Malgré les critiques, Ousmane Sonko a toutefois tenu à préciser qu’il n’envisageait pas de démissionner. Reste à savoir si cet appel à « le laisser gouverner » marquera un tournant dans les rapports entre les deux piliers de la coalition au pouvoir, ou s’il ne s’agit que d’un épisode de plus dans une cohabitation politique inédite et, désormais, manifestement sous tension.