CNPAV

Kinshasa, le 7 août 2025 – La coalition « Congo N’est Pas à Vendre » (CNPAV) a lancé ce jeudi à Kinshasa une table ronde nationale consacrée à la justice contre la corruption en République démocratique du Congo. Cette rencontre multi-acteurs réunit des représentants des institutions de contrôle, des acteurs du secteur judiciaire, ainsi que des organisations de la société civile.

L’objectif de ce forum est ambitieux : dresser un état des lieux du système actuel de lutte contre la corruption, en particulier dans le secteur extractif, et proposer des mécanismes concrets pour renforcer l’efficacité des poursuites judiciaires.

Une justice paralysée face à la corruption systémique

Dans son discours d’ouverture, Dirk Shaka, coordonnateur de la coalition CNPAV, a dressé un sombre tableau de la situation en RDC :

« La République Démocratique du Congo est confrontée à une corruption systémique, laquelle compromet l’intégrité de ses institutions de contrôle et entrave l’efficience des mécanismes de gouvernance. »

Il a rappelé que la RDC figure parmi les pays les plus corrompus au monde, occupant en 2023 la 162ᵉ place sur 184 dans le classement de Transparency International, avec un score alarmant de 20 sur 100.
Parmi les cas emblématiques évoqués figure celui des détournements de plus de 300 millions de dollars à la Gécamines entre 2012 et 2020, pour lequel une enquête a été initiée en janvier 2025 par le ministère de la Justice.

Des conséquences directes sur la population

La corruption a un coût humain. Selon Dirk Shaka, elle aggrave la pauvreté et mine la confiance du peuple dans les institutions :

« En 2023, environ 74,6 % des Congolais vivaient avec moins de 2,15 dollars par jour. Ce taux de pauvreté élevé est en partie attribuable au détournement des ressources publiques. »

Il a aussi déploré l’absence de condamnations dans plusieurs affaires documentées, malgré la mise en place de structures comme l’Agence de Prévention et de Lutte contre la Corruption (APLC) et le renforcement de l’Inspection Générale des Finances (IGF).

Un appel à l’action coordonnée

La table ronde ambitionne de :

  • Mobiliser les magistrats pour initier des poursuites contre les présumés auteurs de corruption, notamment dans la cession illicite d’actifs miniers ;
  • Favoriser le partage d’informations entre la société civile, les organes de contrôle et la justice sur les transactions douteuses dans le secteur extractif ;
  • Explorer les voies de recours pour permettre à l’État congolais de récupérer les droits ou redevances indûment cédés ;
  • Proposer des recommandations concrètes pour une synergie durable entre institutions de contrôle et autorités judiciaires.

Un cadre de concertation formel est également envisagé pour consolider la coopération entre la société civile, les institutions de contrôle et la justice dans cette lutte.

Une opportunité pour briser le cycle de l’impunité

Au terme de ces assises, les participants espèrent non seulement des dénonciations claires de cas de corruption, mais aussi une réelle volonté politique et judiciaire d’avancer vers des poursuites effectives.

Ce forum, placé sous le signe de la transparence, pourrait marquer un tournant si les engagements pris sont suivis d’actions concrètes. La société civile, pour sa part, entend maintenir la pression.