Thabo Mbeki

Pretoria, septembre 2025 – L’espoir de voir émerger un consensus autour de la paix en République démocratique du Congo (RDC) s’est estompé à l’ouverture du dialogue de Pretoria, organisé sous l’égide de la Fondation Thabo Mbeki. Loin d’apaiser les tensions, la rencontre a mis en lumière les fractures profondes qui traversent la scène politique congolaise.

Kinshasa, le grand absent

Le gouvernement congolais a choisi de boycotter purement et simplement les assises. Ni Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, ni Jacquemain Shabani, vice-Premier ministre, n’ont répondu à l’invitation. À Kinshasa, l’initiative de Thabo Mbeki est perçue comme « suspecte », l’ancien président sud-africain étant jugé trop proche de Joseph Kabila, poursuivi en justice pour complicité présumée avec les rebelles du M23/AFC. Pour les autorités, participer aurait signifié cautionner une démarche contestée.

Une opposition fragmentée et entravée

Si certains ténors de l’opposition ont pris part à la rencontre, leurs démarches sont restées disparates. Le PPRD de Joseph Kabila s’est présenté pour « affronter la crise congolaise en face », tandis que les représentants de Moïse Katumbi ont mis en avant une volonté de « décrispation ». Mais d’autres acteurs politiques ont dénoncé des entraves.
Jean-Marc Kabund a affirmé avoir été empêché de voyager faute de visa, accusant Kinshasa d’entrave et de « violation des droits humains ». Jean-Claude Kibala s’est vu confisquer son passeport diplomatique, et le parti de Matata Ponyo a déclaré que ses délégués n’avaient pas obtenu de visas. Ces blocages successifs ont considérablement affaibli la crédibilité du processus.

L’ombre des rebelles et des absents

La présence remarquée de l’opposition armée a nourri les inquiétudes. Corneille Nangaa, coordonnateur de l’AFC/M23, a envoyé une forte délégation, confirmant les craintes de Kinshasa sur une possible légitimation des groupes rebelles. À l’inverse, Martin Fayulu a décliné l’invitation, préférant appeler à un processus « inclusif et local », piloté par les Églises congolaises.

Pretoria, miroir des méfiances

L’objectif affiché par la Fondation Thabo Mbeki de « recréer la confiance entre acteurs congolais » semble compromis. Loin de rapprocher les protagonistes, Pretoria a cristallisé la méfiance et révélé une fracture persistante au sein de la classe politique congolaise.
La quête de paix en RDC apparaît une fois de plus insaisissable : sans volonté sincère des principaux acteurs de dialoguer, aucune initiative extérieure ne pourra combler le fossé qui divise les Congolais.