Lokossa Tcheq

Kinshasa, le 20 octobre 2025 — La tension monte au sein de la communauté Kakwa, implantée dans le territoire de Faradje, province du Haut-Uélé. Après la déclaration publique de l’association MOMORE NA KAKWA – MONAKA ASBL à Kisangani pour dénoncer l’arrestation de leur chef coutumier, Sa Majesté Lokudu Nyelelembe Vincent II, une nouvelle alerte vient d’être lancée depuis Kinshasa par Lotana Mory Lokossa Tcheq, membre influent de cette communauté. Il évoque une situation de plus en plus préoccupante, marquée par un plan présumé de spoliation des terres kakwa et de manipulation politico-administrative.

Un plan de dépossession foncière dénoncé

Selon Lotana Mory Lokossa Tcheq, tout serait parti de la découverte récente d’un important gisement aurifère sur les terres traditionnelles des Kakwa. Il accuse certains acteurs politiques et administratifs d’avoir mis en place un plan visant à déposséder la communauté de ces terres ancestrales pour y créer une nouvelle agglomération administrée directement par le pouvoir étatique.

« Suite à la découverte du gisement, il y aurait un plan visant à retirer ces terres au pouvoir coutumier Kakwa, afin d’y ériger une entité contrôlée par l’administration. Ce serait une manière déguisée de déshériter notre peuple », a déclaré Lokossa Tcheq.

Cette situation, selon lui, met en péril la stabilité sociale et le droit coutumier reconnu aux communautés locales par la législation congolaise.

Un projet de subdivision inquiétant

Toujours selon Lokossa Tcheq, un projet de subdivision territoriale serait en cours de préparation. Il consisterait à scinder la chefferie Kakwa en deux entités distinctes :

  • une agglomération urbaine qui serait confiée à un représentant nommé par le Gouverneur,
  • et un groupement résiduel qui resterait sous la gestion du pouvoir coutumier.

« Ce projet met directement en cause la légitimité de notre chefferie et sape les fondements mêmes de notre autorité traditionnelle. Le groupement Damada et le groupement Kirikwa, qui composent la collectivité Kakwa-Ima, risquent d’être séparés par des intérêts politiques », a-t-il ajouté.

Silence des autorités provinciales pointé du doigt

Le membre de la communauté Kakwa accuse ouvertement le Gouverneur du Haut-Uélé de garder le silence face à ce qu’il qualifie de « plan organisé ».

« Le mutisme du Gouverneur frise la complicité. L’individu pressenti pour diriger la future agglomération proviendrait de la chefferie voisine de Logo, un choix imposé par le Gouverneur lui-même », affirme Lokossa Tcheq.

Il va plus loin en dénonçant la présence de « mains noires » derrière cette affaire :

« Il y a des hommes puissants, à la fois au niveau provincial et national, qui tirent les ficelles dans l’ombre », a-t-il confié, non sans craindre pour sa propre sécurité.
« Ma vie n’est plus en sécurité, simplement parce que je milite pour la libération de notre chef et que je dénonce cette injustice. »

Appel à l’intervention du gouvernement central

Après plusieurs démarches restées sans suite au niveau provincial, Lotana Mory Lokossa Tcheq appelle désormais à l’implication du Vice-Premier Ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, ainsi que du Procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde, pour mettre fin à ce qu’il considère comme une atteinte grave aux droits coutumiers et à la cohésion communautaire.

« Cette situation risque de provoquer des soulèvements populaires et de compromettre le vivre-ensemble pacifique qui règne depuis des décennies entre les communautés du territoire de Faradje », a-t-il averti.

Une communauté unie derrière son chef coutumier

Dans leur précédente déclaration du 3 avril 2025 à Kisangani, les Kakwa avaient déjà dénoncé l’arrestation de leur chef Sa Majesté Lokudu Nyelelembe Vincent II, reconnu officiellement par un arrêté du Vice-Premier Ministre de l’Intérieur du 2 décembre 2024.
La communauté réaffirme aujourd’hui son attachement à son chef et à la légitimité coutumière, tout en appelant à la paix, à la justice et à la vigilance face aux tentatives de division.

« Que vive la République Démocratique du Congo ! Que vive la Province du Haut-Uélé ! Que vive la Chefferie Kakwa-Ima ! Que Dieu bénisse notre Chef Sa Majesté Lokudu Nyelelembe Vincent II », conclut la déclaration.