Kinshasa, 22 novembre 2025 — Le débat sur la prolifération des structures étatiques refait surface, alimenté par un ras-le-bol grandissant au sein de l’opinion congolaise. Entre agences, cellules, conseils et comités créés à chaque alternance ou changement ministériel, la machine publique semble s’alourdir au lieu de se moderniser. Un phénomène devenu symptomatique d’un État qui peine à se simplifier pour mieux servir.
Au fil des années, le pays s’est habitué à (la prolifération ) voir apparaître de nouvelles institutions censées contourner les faiblesses de l’administration existante. Là où une réforme structurelle s’impose, les dirigeants optent pour la duplication, créant des entités qui se chevauchent, se concurrencent ou se contredisent. Certains partenaires techniques et financiers, comme la Banque mondiale ou le FMI, encouragent parfois la mise en place de ces structures parallèles dans une logique de bonne gestion des fonds, mais ces initiatives finissent généralement par s’ajouter au désordre institutionnel, sans jamais le résoudre.
Dans ce foisonnement, la responsabilité devient diffuse. Plus personne ne sait réellement qui répond de quoi. Les doublons s’installent, les dépenses de fonctionnement explosent, et le citoyen reste dans l’attente des services publics élémentaires. À Kinshasa comme en province, la multiplication des bureaux, des salaires et des conseils d’administration absorbe une part importante des ressources publiques, sans améliorer le quotidien des Congolais.
Au cœur de cette problématique se trouve la faiblesse chronique de l’administration publique. Lente, peu modernisée et minée par des pratiques de corruption, elle peine à remplir sa mission. Faute de formation, de numérisation et d’éthique professionnelle, une partie de la Fonction Publique fonctionne comme un frein plutôt qu’un moteur. « Comment demander à un athlète d’exceller s’il court avec des chaînes aux pieds ? », s’interrogent certains analystes, rappelant que les réformes essentielles sont souvent évitées au profit de solutions de contournement.
La question du financement demeure également centrale. Malgré l’augmentation des recettes nationales grâce aux ressources naturelles, les écoles, les routes et les hôpitaux ne connaissent pas l’amélioration attendue. Une partie importante de ces fonds semble absorbée par le fonctionnement d’une architecture institutionnelle hypertrophiée. Entre nouveaux bâtiments, véhicules, cabinets et employés, le coût réel de cette expansion administrative pèse lourdement sur les finances publiques.
Face à cette réalité, de nombreux observateurs appellent à un sursaut. Ils plaident pour une réforme profonde visant à réduire les redondances, moderniser les services, responsabiliser les agents et orienter les ressources vers les priorités du peuple. Le véritable défi est clair : refonder un État efficace, transparent et centré sur les résultats, plutôt que de perpétuer un système où la création de structures supplante l’amélioration des performances.
À l’heure où les Congolais demandent des réponses tangibles, la question reste entière : le pays continuera-t-il à multiplier les institutions ou choisira-t-il enfin de réformer celles qui existent pour construire un État réellement au service de tous ?