CAMI

Kinshasa, 13 mai 2026 — L’opération d’assainissement du cadastre minier congolais franchit un nouveau seuil symbolique. Le Cadastre minier (CAMI), engagé depuis plusieurs années dans une vaste campagne de régularisation des titres miniers, semble désormais s’attaquer à certains portefeuilles parmi les plus sensibles du pays. Dans le viseur : Acacia SPRL et Kwango Mines SPRL, deux sociétés régulièrement citées dans l’espace public comme proches de l’ancien président Joseph Kabila.

Selon les données publiques consultables sur le portail du CAMI, les deux sociétés cumulent à elles seules 90 titres miniers, répartis sur 15.029 carrés miniers, couvrant une superficie totale de 12.767,5 km² dans plusieurs provinces stratégiques, notamment le Kwango, le Kwilu, le Maï-Ndombe, le Kongo Central et le Kasaï. Tous ces titres apparaissent actuellement sous le statut administratif de « déchéance pour non-paiement », laissant supposer un défaut de paiement des droits superficiaires annuels exigés par la législation minière congolaise.

Dans le détail, Acacia SPRL détient 43 titres représentant 8.811 carrés, soit 7.485 km², tandis que Kwango Mines SPRL contrôle 47 titres couvrant 6.218 carrés, soit 5.282,5 km². Les substances concernées incluent principalement l’or, le diamant et la bauxite, dans des zones reconnues pour leur potentiel stratégique.

À travers cette offensive cadastrale, les autorités congolaises affichent leur volonté de reprendre le contrôle de vastes espaces miniers demeurés inactifs ou insuffisamment valorisés, avec pour objectif de renforcer les recettes publiques et d’améliorer l’attractivité du secteur extractif.

Depuis 2023, le CAMI mène une campagne de nettoyage du fichier cadastral visant les détenteurs de titres ne respectant pas leurs obligations légales, qu’il s’agisse du paiement des droits superficiaires, du respect des délais de démarrage des travaux, de la transmission des rapports d’activités ou encore des obligations environnementales et sociales.

Le message politique est clair. Dans son dernier discours sur l’état de la Nation, le président Félix Tshisekedi avait présenté l’assainissement du cadastre minier comme un axe majeur de réforme de la gouvernance minière. L’objectif affiché est de récupérer les périmètres jugés dormants ou irrégulièrement conservés afin de les remettre dans le circuit économique.

Cette situation remet également sur le devant de la scène d’anciennes controverses. En 2016, une enquête de Bloomberg avait évoqué un réseau d’intérêts économiques attribués à l’ancien président Joseph Kabila et à son entourage, citant notamment Acacia et Kwango Mines parmi les entités concernées. Si ces allégations relèvent du débat public et médiatique, le fait administratif actuellement observable demeure vérifiable : l’existence de 90 titres miniers aujourd’hui sous procédure de déchéance.

Au-delà des considérations politiques, le dossier pose une question centrale : comment un portefeuille aussi vaste a-t-il pu rester immobilisé pendant de nombreuses années sans mise en valeur significative apparente ? Pour plusieurs experts du secteur, cette interrogation touche au cœur même de la gouvernance minière congolaise, entre inertie administrative, protection d’intérêts établis et faiblesse du contrôle institutionnel.

L’enjeu dépasse largement le sort de deux entreprises. Pour les investisseurs, la crédibilité du cadastre minier, l’égalité de traitement entre opérateurs et la capacité de l’État à faire appliquer ses propres textes constituent des indicateurs déterminants. Pour les citoyens congolais, la question est encore plus fondamentale : savoir si les richesses du sous-sol continueront à être immobilisées dans des portefeuilles dormants ou si elles pourront enfin contribuer concrètement au développement national.

Si la procédure de déchéance suit son cours jusqu’à son terme dans le respect des garanties légales, elle pourrait marquer un tournant dans la réforme du secteur minier congolais. À l’inverse, un enlisement ou une interruption inexpliquée alimenterait les doutes sur la volonté réelle de mettre fin aux privilèges historiques.

Le dossier Acacia-Kwango Mines apparaît ainsi comme un test grandeur nature pour la gouvernance minière en République démocratique du Congo.