Kinshasa, 21 mai 2026 — L’Afrique veut parler d’une seule voix sur la protection des données personnelles. Réunis à Abidjan à l’occasion de la 9ᵉ conférence du Réseau Africain des Autorités de Protection des Données Personnelles (RAPDP), les représentants de 24 pays du continent ont adopté une feuille de route commune pour la période 2026-2030, marquant une nouvelle étape dans la construction d’une souveraineté numérique africaine.
Face à l’accélération de la transformation digitale, à la montée des cybermenaces et à l’expansion des technologies émergentes comme l’intelligence artificielle, les régulateurs africains entendent harmoniser les cadres juridiques et renforcer la gouvernance des données personnelles à l’échelle continentale. Organisés par l’Autorité de Régulation des Télécommunications/TIC de Côte d’Ivoire (ARTCI), les travaux ont mis en lumière l’urgence d’une réponse coordonnée face aux défis numériques contemporains.
Au cœur des échanges, les autorités de protection des données ont affirmé que la question des données personnelles dépasse désormais le simple cadre administratif ou juridique. Pour elles, il s’agit d’un enjeu stratégique directement lié à la souveraineté numérique, à la sécurité des États et à la confiance des citoyens dans les services numériques.
La déclaration finale adoptée à Abidjan recommande un renforcement des autorités nationales chargées de la protection des données, une coopération accrue entre les pays africains ainsi que l’instauration de mécanismes de conformité plus rigoureux pour les institutions publiques et les acteurs privés. L’objectif est de mieux encadrer la collecte, le traitement et la circulation des données personnelles dans un environnement numérique en constante mutation.
Les discussions ont également porté sur les nouveaux défis imposés par l’essor des services financiers numériques, de la biométrie, des plateformes internationales et des applications liées à l’intelligence artificielle. Pour les participants, les cadres réglementaires actuels doivent évoluer afin de répondre à ces réalités technologiques sans freiner l’innovation.
Cette dynamique intervient alors que plusieurs États africains accélèrent leurs projets de modernisation numérique, notamment dans les domaines de l’e-gouvernement, de l’identité numérique et des paiements électroniques. Mais cette transformation rapide s’accompagne aussi de risques croissants, notamment les cyberattaques, l’exploitation abusive des données personnelles et la dépendance vis-à-vis des grandes plateformes technologiques étrangères.
Au-delà de la dimension sécuritaire, les régulateurs voient dans la protection des données un levier économique majeur. Dans un contexte où l’économie numérique africaine pourrait atteindre 721 milliards de dollars à l’horizon 2050, selon les projections liées à la dynamique de la ZLECAf, la confiance numérique apparaît désormais comme un pilier incontournable pour soutenir le commerce électronique, les services financiers digitaux et l’essor des plateformes publiques numériques.
À travers cette feuille de route continentale, l’Afrique affiche ainsi son ambition de bâtir un écosystème numérique plus sécurisé, plus souverain et davantage adapté aux enjeux du XXIᵉ siècle.