MIBA

Kinshasa, 4 septembre 2026 — La recapitalisation de la Société minière de Bakwanga (MIBA) se retrouve suspendue à un contentieux opposant l’État congolais, actionnaire majoritaire à 80 %, à ASA Resources Group, détenteur des 20 % restants du capital. Au-delà du différend judiciaire, cette affaire soulève des interrogations sur la gouvernance de l’entreprise et le financement de son plan de relance.

Selon Me Emedi Useni Ahmed, avocat-conseil d’ASA Resources Group, l’actionnaire minoritaire a saisi le Tribunal de commerce de Kinshasa-Gombe afin de contester les résolutions adoptées lors de l’assemblée générale extraordinaire du 21 mai 2026. ASA sollicite notamment la suspension, en référé, du processus d’augmentation du capital de la société.

L’opération devait permettre de doter la MIBA de ressources nécessaires à sa relance. Un bulletin de souscription transmis le 27 juillet demandait à ASA de libérer 27,508 milliards de francs congolais, soit environ 12 millions de dollars au taux indicatif retenu. À l’échelle de l’entreprise, l’augmentation de capital représente près de 137,54 milliards de francs congolais, équivalant à environ 60,7 millions de dollars.

Pour ASA, la souscription est déterminante afin de préserver sa participation de 20 % dans le capital de la MIBA. En cas de non-participation, l’actionnaire minoritaire pourrait voir sa part diluée, selon les modalités qui seront retenues par les organes compétents de l’entreprise.

ASA réclame des préalables

L’actionnaire minoritaire affirme que l’augmentation de capital devait être précédée de plusieurs mesures destinées à clarifier la situation financière et patrimoniale de la MIBA. Il évoque notamment la réalisation d’un audit général, l’inventaire du patrimoine, l’intervention d’un cabinet indépendant ainsi qu’une amélioration de la gouvernance à travers la révision du plan de relance.

ASA estime que ces conditions n’ont pas été suffisamment mises en œuvre avant l’assemblée générale extraordinaire du 21 mai, qui a relancé le processus de recapitalisation. L’entreprise demande donc l’annulation des résolutions adoptées et la suspension de leurs effets.

Fin mai, le président du conseil d’administration de la MIBA, Jean-Charles Okoto, avait lui-même indiqué que l’utilisation des ressources destinées à la relance restait liée à la réalisation d’un audit général, d’un inventaire du patrimoine et à la validation du plan minimum de relance.

Un plan de relance évalué à 70 millions de dollars

La recapitalisation constitue l’un des principaux leviers du plan minimum de relance de la MIBA, évalué à environ 70 millions de dollars. Ce programme prévoit notamment la certification des réserves minières, la sécurisation des concessions, des investissements productifs, la prise en charge des charges sociales et salariales, ainsi qu’un mécanisme de suivi et d’évaluation.

L’objectif annoncé est de permettre à la société de retrouver une capacité de production significative, avec près de 2,5 millions de carats visés en 2026. Toutefois, le montant documenté de l’augmentation de capital, estimé à 60,7 millions de dollars, demeure inférieur d’environ 9,3 millions de dollars au coût total annoncé du plan de relance. Les modalités de financement de ce différentiel n’ont pas encore été précisées.

Ce bras de fer intervient dans un contexte social tendu. Le 14 août dernier, des travailleurs de la MIBA ont organisé un sit-in pour réclamer le paiement de plusieurs mois d’arriérés de salaires. Selon les revendications rapportées, huit mois d’impayés couvrant la période de janvier à août 2026 étaient notamment réclamés, en plus d’arriérés accumulés au fil des années.

En mars, le Gouvernement avait débloqué 3 millions de dollars pour couvrir trois mois d’arriérés, une intervention qui n’a toutefois pas suffi à résorber les difficultés sociales de l’entreprise.

La décision attendue du Tribunal de commerce de Kinshasa-Gombe pourrait s’avérer déterminante pour la suite du processus. L’enjeu est désormais double : permettre à la MIBA de mobiliser les capitaux nécessaires à sa relance, tout en garantissant aux actionnaires davantage de transparence sur la gouvernance et l’utilisation des ressources de cette entreprise stratégique du secteur diamantifère congolais.