Kinshasa, 20 novembre 2025 — La République démocratique du Congo franchit un nouveau cap dans la réforme de son système judiciaire avec l’adoption d’une stratégie nationale de lutte contre la corruption couvrant la période 2025-2029. Élaborée sous la supervision du ministère de la Justice, avec l’appui technique de l’ONG internationale RCN Justice et Démocratie et la participation active du Conseil supérieur de la magistrature, cette stratégie apporte un cadre global destiné à assainir durablement un secteur longtemps miné par des pratiques corrosives.
Ce document structurant repose sur trois piliers majeurs — la prévention, la détection & investigation, et la répression — afin de renforcer l’intégrité, l’indépendance et la crédibilité des institutions judiciaires, tout en restaurant la confiance du public. Pour la première fois, les trois ordres juridictionnels concernés — constitutionnel, judiciaire et administratif — sont intégrés dans une même approche de lutte contre la corruption.
Dans un contexte marqué par des dérives persistantes telles que le marchandage des décisions, le clientélisme, les interférences politiques, les retards injustifiés des prononcés ou encore le monnayage de certaines décisions judiciaires, la stratégie entend s’attaquer aux racines profondes d’un mal systémique. Le document recense notamment l’arbitraire, le détournement des frais de justice, le trafic d’influence, la complicité entre magistrats, avocats et justiciables, ainsi que la culture de l’impunité comme autant de fléaux à éradiquer.
Un axe prévention ambitieux
Le premier volet de la stratégie mise sur le renforcement du cadre juridique et institutionnel, la formation du personnel judiciaire et la sensibilisation du public. Huit résultats clés sont attendus, parmi lesquels le renforcement de l’indépendance du pouvoir judiciaire, l’effectivité des procédures disciplinaires, la transparence du fonctionnement des juridictions, ainsi que l’intégration de la dimension genre dans l’administration de la justice. La stratégie vise également à redynamiser le Syndicat des magistrats et à améliorer les capacités des administrations judiciaires, des parquets et des établissements pénitentiaires.
Détection et investigation : moderniser les mécanismes de contrôle
Pour lutter efficacement contre les pratiques corruptives, le deuxième pilier entend systématiser la détection des actes de corruption grâce à des outils modernes et innovants. Il place la formation continue des magistrats et greffiers au cœur du dispositif, aux côtés de la numérisation du système judiciaire et de l’amélioration des mécanismes de signalement. La stratégie insiste sur la nécessité d’un organisme spécialisé chargé des enquêtes, afin de réduire les influences qui entravent la recherche de preuves crédibles.
Un dispositif répressif renforcé
Le troisième axe porte sur l’obligation de sanctionner systématiquement les auteurs d’actes de corruption, tant sur le plan disciplinaire que pénal. Les suspicions devront être poursuivies sans délai, et les sanctions appliquées de manière effective. Cette rigueur vise à briser le cercle vicieux de l’impunité et à restaurer l’autorité du droit, dans un secteur où les dérives ont souvent affaibli la confiance des justiciables.
Une élaboration inclusive et un pilotage partagé
Fruit d’un processus participatif, la stratégie a été construite avec l’appui du Groupe thématique Justice et Droits humains, du Programme PARJ2, de l’Union européenne ainsi que du projet REPLIC financé par la coopération belge. Acteurs judiciaires, société civile, partenaires techniques et scientifiques ont activement contribué à son élaboration.
Pour garantir une mise en œuvre efficace, la stratégie recommande la création d’un organe hybride de coordination réunissant le CSM, le ministère de la Justice, l’APLC, l’OSCEP, les partenaires techniques et financiers ainsi que les organisations de la société civile. Cet organe devra produire des plans d’actions annuels fondés sur des indicateurs mesurables, afin d’assurer suivi, transparence et redevabilité.
Par cette initiative structurante, la RDC ambitionne de bâtir une justice plus intègre, plus indépendante et véritablement au service du citoyen — une justice où la corruption n’a plus droit de cité.