Kinshasa, 6 mai 2026 — Les répercussions du conflit qui secoue actuellement le Moyen-Orient commencent à se faire sentir bien au-delà de la région du Golfe. Dans l’Est de la République démocratique du Congo, notamment à Butembo, centre névralgique du négoce de l’or artisanal, l’activité économique connaît un net ralentissement sous l’effet des perturbations internationales.
En cause, la forte dépendance des opérateurs locaux à Dubaï, principal hub mondial du commerce aurifère, vers lequel est acheminée une grande partie de l’or extrait dans les zones de Lubero, Manguredjipa, Bunyatenge et Walikale. Les tensions géopolitiques dans la région du Golfe ont entraîné des perturbations logistiques majeures, notamment des suspensions de vols et des interruptions temporaires des flux commerciaux.
Sur le terrain, les conséquences sont immédiates. Les négociants font état d’un blocage quasi total des circuits de financement. « La guerre de l’Iran nous a impactés. Nous sommes dans l’angoisse. L’argent ne provient plus de Dubaï. Nous n’avons plus de liquidité pour acheter de l’or. Et le prix est perturbé », témoigne un opérateur local, décrivant une situation de plus en plus critique.
Au-delà du commerce de l’or, c’est tout un système informel de transfert de fonds qui est aujourd’hui fragilisé. De nombreux opérateurs utilisaient l’or comme moyen d’approvisionnement en devises pour importer des produits manufacturés depuis Dubaï. Avec les restrictions de circulation et l’insécurité croissante dans la région du Moyen-Orient, ce mécanisme s’est presque totalement arrêté.
Dans les comptoirs d’achat de Butembo, la pénurie de liquidités est désormais une réalité. Certains opérateurs sont contraints de recourir à des achats à crédit, tandis que d’autres suspendent temporairement leurs activités. « Aujourd’hui, à notre bureau, nous n’avons aucun franc. Nous achetons à crédit. Vraiment, nous dépendons du Moyen-Orient », confie un autre négociant.
Les premières victimes de cette crise restent les creuseurs artisanaux. À Manguredjipa, au sein de la coopérative Mahaho Mining, les effets se font déjà durement ressentir. « Avant la guerre, le gramme d’or s’achetait entre 178 et 188 dollars. Aujourd’hui, le prix a chuté entre 90 et 100 dollars », explique Tanzi Makofi, membre de la coopérative.
Cette chute brutale des prix, souvent déconnectée des tendances réelles du marché international, fragilise considérablement les revenus de milliers de familles dépendantes de l’exploitation artisanale de l’or dans le Nord-Kivu.
Au-delà de la conjoncture actuelle, cette situation met en lumière une vulnérabilité structurelle de l’économie aurifère artisanale congolaise, fortement exposée aux chocs extérieurs. Tant que la dépendance vis-à-vis des circuits internationaux, notamment ceux du Moyen-Orient, restera aussi marquée, le secteur continuera de subir de plein fouet les crises géopolitiques.
Dans un contexte d’incertitude persistante, les acteurs du secteur redoutent désormais un ralentissement prolongé, aux conséquences sociales et économiques potentiellement lourdes pour toute la région.