Kinshasa, le 13 mai 2026 — La République démocratique du Congo entend faire entendre sa voix au congrès annuel du Cobalt Institute, ouvert ce mardi 12 mai à Madrid, en Espagne, dans un contexte international marqué par une reconfiguration accélérée autour des minerais critiques. Alors que le cobalt s’impose comme l’un des métaux les plus convoités de la transition énergétique mondiale, Kinshasa affiche clairement son ambition : convertir son immense potentiel géologique en levier de puissance économique, industrielle et diplomatique.
Placée sous le thème “Cobalt in Focus: Powering the Next Chapter of Critical Minerals”, l’édition 2026 réunit pendant deux jours les principaux acteurs mondiaux du secteur, parmi lesquels compagnies minières, investisseurs, industriels, experts en matières premières et décideurs politiques. Les débats portent notamment sur l’avenir du cobalt, la sécurité des chaînes d’approvisionnement mondiales, les exigences croissantes en matière de traçabilité ainsi que les tensions géopolitiques liées aux ressources stratégiques.
Premier producteur mondial de cobalt, la République démocratique du Congo se retrouve naturellement au centre des échanges. Le pays assure près de 70 % de la production mondiale de ce minerai essentiel à la fabrication des batteries rechargeables, des véhicules électriques, des équipements aéronautiques ainsi que de nombreuses applications industrielles liées aux technologies vertes.
La délégation congolaise est composée de plusieurs institutions clés du secteur extractif, notamment CAMI, SAEMAPE, CTCPM, ainsi que Gécamines. Bien que son nom figurait sur la liste officielle des participants, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, n’a finalement pas effectué le déplacement.
Parmi les figures congolaises attendues à cette rencontre internationale figure également Jean Jacques Kayembe Mufwankolo, Senior Leader en gouvernance des ressources naturelles et gestion des finances publiques à l’ITIE-RDC. Fort de plus de deux décennies d’expérience dans le secteur extractif, il interviendra au panel intitulé « RDC : Gouvernance responsable d’un secteur stratégique – de la conception des politiques à l’impact sur le marché », une session consacrée à l’évolution de la gouvernance congolaise dans le secteur du cobalt.
Cette participation intervient à un moment délicat pour le marché mondial. La baisse persistante des prix du cobalt, les préoccupations liées à la surproduction, les exigences renforcées de transparence et la concurrence stratégique entre les États-Unis, la Chine et l’Europe pour sécuriser l’accès aux minerais critiques redessinent profondément les rapports de force internationaux.
Face à cette nouvelle réalité, Kinshasa cherche à rompre avec son image historique de simple exportateur de matières premières brutes. Les autorités congolaises défendent désormais une vision plus ambitieuse, fondée sur la transformation locale des minerais, la création de chaînes de valeur nationales et le développement d’une industrie liée aux batteries électriques.
À Madrid, la RDC tente ainsi d’imposer une approche plus souveraine de la gestion de ses ressources stratégiques, avec l’objectif de faire du cobalt non seulement un moteur de croissance économique, mais également un instrument d’influence géopolitique.
Car dans le nouvel ordre énergétique mondial, une certitude s’impose : la transition verte mondiale dépend largement des richesses minières congolaises. Reste désormais à savoir si le pays parviendra à convertir ce poids géologique en véritable puissance industrielle durable.