KBM

Kolwezi, 22 mai 2026 — La République démocratique du Congo semble vouloir franchir un tournant décisif dans son histoire économique. À l’occasion de la 7ᵉ édition du Katanga Business Meeting (KBM), organisée du 20 au 22 mai à Kolwezi, les débats ont clairement dépassé la simple question de l’exploitation minière pour se concentrer sur un objectif désormais stratégique : transformer la puissance extractive congolaise en véritable moteur d’industrialisation africaine.

Sous le thème « Investir dans un futur durable pour une Afrique qui gagne », cette grand-messe économique réunit responsables politiques, investisseurs, diplomates, industriels et experts techniques autour d’une interrogation centrale : comment faire de la transition énergétique mondiale une opportunité concrète pour la RDC ?

Dans un pays qui détient une part considérable des réserves mondiales de cuivre et de cobalt — deux minerais devenus incontournables dans la fabrication des batteries électriques — la question de la transformation locale s’impose avec force. Pour de nombreux participants, le temps où la RDC se contentait d’exporter des matières premières brutes semble révolu.

Fondateur du Katanga Business Meeting, Costa Musunka a donné le ton dès l’ouverture en affirmant que le forum ne devait plus être perçu comme un simple événement économique, mais comme une plateforme permanente de dialogue capable de générer des projets structurants entre les secteurs public et privé.

Selon lui, la mutation économique du pays passe inévitablement par le développement des infrastructures, l’accès à une énergie stable, un environnement réglementaire prévisible et une gouvernance rassurante pour les investisseurs.

Au cœur des discussions figure notamment le Corridor de Lobito, présenté comme l’un des projets les plus stratégiques pour la transformation économique du sud de la RDC. Bien au-delà d’un simple axe logistique, cette infrastructure ferroviaire reliant les zones minières congolaises au port angolais de Lobito est perçue comme un levier de compétitivité industrielle régionale.

L’ambassadeur d’Angola en RDC, Miguel Da Costa, a plaidé pour une vision intégrée entre les deux pays, estimant que l’espace économique Angola-RDC, fort de près de 170 millions d’habitants, pourrait devenir un pôle régional majeur capable de mieux s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales.

Du côté des autorités provinciales, la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka, a réaffirmé la volonté de faire du Lualaba un espace économique tourné vers la transformation industrielle plutôt que vers la seule extraction. Elle a mis en avant plusieurs projets structurants, notamment dans les domaines des routes, de l’énergie et des infrastructures aéroportuaires, présentés comme les fondations d’une nouvelle dynamique économique.

L’autorité provinciale a également insisté sur la nécessité de promouvoir des investissements responsables, conciliant performance économique, développement local et exigences environnementales, dans une province où l’activité minière demeure parfois source de tensions sociales.

Le secteur privé, représenté notamment par la Fédération des entreprises du Congo (FEC/Lualaba), a salué cette orientation tout en rappelant les défis persistants qui freinent encore les ambitions industrielles du pays : déficit énergétique, lenteurs administratives, insuffisance des infrastructures et dépendance aux fluctuations des marchés internationaux des métaux.

Présent à l’ouverture du forum, le vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a réaffirmé le soutien du gouvernement à cette dynamique de transformation économique, appelant à passer des intentions aux réalisations concrètes.

À travers panels, rencontres d’affaires B2B, expositions technologiques et échanges diplomatiques, le KBM 2026 affiche ainsi une ambition claire : faire émerger des partenariats tangibles capables d’accélérer l’industrialisation du pays.

À Kolwezi, capitale mondiale du cobalt, un mot semble désormais résumer l’état d’esprit général : exécution.

Car si la RDC dispose des ressources stratégiques que convoite le monde, le véritable enjeu reste désormais de savoir si elle saura transformer cette richesse géologique en prospérité industrielle durable pour ses populations.